la ferme du Tremblay propriété des Turgot

Les vendeurs

 

En 1867, la ferme du Tremblay appartient à Louis, Félix, Étiennemarquis Turgot, né en 1796 de Anne, Louise LetrÉsor, et de Anne, Étienne, Michel Turgot, frère de la comtesse deCoubert.  Il a hérité cette propriété de sa tante, comtesse de Coubert.

 

Le marquis Turgotcommence une carrière d’officier, en 1814. Il  est lieutenant dans les chevaux légers de la garde du roi et accompagne Louis XVIII à Gand, d’où les royalistes ramèneront triomphalement le monarque, après les Cent jours, au cri amusé de nous ramenons notre Père de Gand !

 

Officier légitimiste des cuirassiers de la Garde royale, il démissionne, le 26 juillet 1830, et quitte l’armée lors des journées révolutionnaires qui chassent Charles X de son trône. Rallié ensuite à Louis-Philippe, il bénéficiera de la protection du comte de Lobau, commandant supérieur de la Garde nationale de Paris qui obtient sa réintégration comme officier d’ordonnance, attaché à son état-major. Le 17 octobre 1831, alors qu’il est en service commandé, il est victime d’une chute de cheval. Elle se solde par une fracture du fémur qui l’handicapera pour le restant de ses jours. Suite à cette blessure, il sera admis à la retraite pour invalidité. (1)

1 - S.H.A.T Vincennes, 3YF, dossier n° 55399

 

En 1832, il entre à la Chambre des pairs, où il siège avec la droite, dont il soutient la politique conservatrice.

 

Après l'élection présidentielle de 1848, il devient un fervent partisan de Louis-NapolÉon. Le 26 octobre 1851, il est nommé ministre des Affaires Étrangères, dans le cabinet où figurent Saint-Arnaud et Maupas, chargés de préparer le coup d'État. Sans doute doit-il cette surprenante promotion à son nom, autant qu'à sa position mondaine. Bien qu'il ne soit pas tenu, semble-t-il, dans la confidence du coup d'État, il soutient totalement, en homme d'ordre, le nouveau régime qu'il est chargé de faire admettre par les chancelleries européennes. Le 28 juillet 1852, il est remplacé aux Affaires étrangères par Drouyn deLhuys et nommé sénateur.

 

 

En avril 1853, il obtient le poste d'ambassadeur à Madrid. Au cours de sa mission, un duel l'oppose à son homologue américain, qui le blesse gravement. Rétabli, il est nommé ambassadeur à Berne, en août 1858, poste qu’il occupera jusqu'à sa mort.(2)

Louis, Félix, Étienne marquis Turgot,

BN,  cabinet des estampes N2 D 273409

 
2 - Cf. Yves Bruley Dictionnaire du second Empire, dir. J. Tulard  

 

La ferme du Tremblay appartient depuis deux siècles à la famille Turgot. L’acte précise qu’elle est mise en vente après le décès, le 22 octobre 1866 à Versailles, de « Louis, Félix, Étienne, marquis Turgot, ancien ministre des Affaires Étrangères, ancien ambassadeur de France auprès la République helvétique, sénateur, grand-croix de l’ordre impérial de la Légion d’Honneur. » Pour apurer la succession, la vente est effectuée à la demande de sa veuve,Louise, Napoléon, Mouton deLobau, de sa fille Marie, Félicité, Stéphanie Turgot, épouse de  Jean Joseph Gustave Dubois del’Estang, conseiller référendaire de première classe à la Cour des comptes, de son fils  Jacques, Georges, Louis marquis Turgot. (3)

3 - Acte de vente du 12 mars 1867.

 

La ferme mise en vente comprend bâtiments d’habitation et d’exploitation, composés d’une résidence pour le fermier, grande cour, colombier peuplé de pigeons, granges, écuries, vacheries, bergeries, toit à porcs, poulailler, jardin clos de murs et planté d’arbres. La propriété  possède un deuxième  jardin situé également rue aux Joncs, planté d’arbres, le long de la haie de clôture, contenant environ 31 ares 65 centiares. La superficie des terres labourables est de  105 hectares, 17 ares, 59 centiares, situés pour la plus grande partie sur la commune de Tremblay, et pour le complément sur les communes de Villepinte, Aulnay, Roissy, Mesnil-Amelot, Mauregard et Mitry-Mory. Cette dispersion des terres résulte d’une série d’acquisitions foncières effectuées par la famille Turgot aux XVIIème et XVIIIème siècles, dont on peut suivre le détail sur le registre des ensaisinements de l’Abbaye de Saint-Denis. (4)

FERME DU TREMBLAY

ACTE DE VENTE DU 12 MARS 1867

Archives de la famille Dubois, cliché SEHT

 

4 - Archives nationalesS2517 l’ensaisinement est la mise en possession d’un bien. Cet acte juridique, effectué par le seigneur, donne lieu à la perception d’un droit.

 

 

Deux siècles d’acquisitions foncières à l’origine de la ferme du Tremblay

La première acquisition à l’origine de la ferme intervient en 1661. Elle est faite par Pierre Martineau  et dame Françoise deBordeaux son épouse, grands-parents de Françoise Martineau futureépouse de Michel Étienne Turgot. Ils ont acquis, à titre d’échange, des créanciers et syndics de Pierre Verton, Contrôleur général de la Grande Chancellerie de France, suivant contrat passé devant Me Mons le Jeune, notaire à Paris, le 30 juin 1661, une maison et ferme à Tremblay.  Elles consistent en plusieurs bâtiments, tant pour le maître que pour le fermier, cour, grange, écurie, jardin tenant aux fermes et maison. La vente comprend un autre jardin appelé le Vivier, un moulin à eau appelé le Moulin Maheu et des terres labourables et prés, en plusieurs pièces, sises aux terroirs de Tremblay, Villepinte, Le Mesnil-Amelot et environs. Par contrat passé devant Me Duval, notaire à Paris, le 8 novembre 1669, les Martineau ont acquis du cardinal de Retz, alors abbé de Saint-Denis, une pièce de terre à prendre dans une plus grande quantité de terre, dont était composé le clos de la ferme de Conac.

Michel Étienne Turgot poursuit au terroir de Tremblay les acquisitions foncières commencées par sa belle-famille. La première d’entre elles a lieu le 14 mars 1736. Elle concerne tous les héritages contenus en la déclaration  passée au dernier terrier par  Eustache Pierre et consorts.

La deuxième opération foncière de Michel Étienne Turgot sera plus conséquente. Il acquiert avec son épouse, par contrat passé devant Me Laidegaire, notaire à Paris, le 10 octobre 1743, le tiers d’une ferme de Tremblay,  appartenant à Angélique Huillier dela Chapelle, fille majeure. Le 12 octobre 1743, lui et son épouse dame Madeleine FrançoiseMartineau, sont ensaisinés et mis en possession de ce bien. Il consiste en bâtiment couvert de tuiles, cour, jardin planté d’arbres fruitiers, le tout contenant tant en bâtiment et cour qu’en jardin 2 arpents 67 perches environ, plus 58 arpents 45 perches de terre en plusieurs pièces, au nombre de 70.

 

Certaines acquisitions concernent de modestes superficies. Le 10 août 1743 Michel Étienne Turgot est inféodé de 7 quartiers de prés au terroir de Villepinte. Peut-être la raison de cette acquisition tient-elle au fait que ce bien, vendu par Jeanne Gabrielle Bignon, fait fief.

Après le décès de son époux, Madeleine Françoise Martineau poursuit les acquisitions sur le terroir  de Tremblay. Le 3 août 1756, elle est ensaisinée de 33 arpents 43 perches et demie de terre en 33 pièces situées  au terroir de Tremblay

Le 15 octobre 1757, elle acquiert 27 pièces de terres sises au terroir de Villepinte. Le 23 juin 1760, le tiers au total de 12 arpents et du tiers dans les deux autres tiers de 12 arpents 78 perches, sises au terroir de Tremblay vendues par dame Angélique Charlotte de Bullion, moyennant la somme de 70 000 livres. (5)

5 -Archives nationalesS 25172

La multiplicité des achats a pour conséquence l’éparpillement des pièces de terre sur le terroir de Tremblay et des paroisses limitrophes. La veuve Turgot est consciente du handicap que représente cette dispersion pour l’exploitation du domaine. Aussi consent-elle à des échanges de lots. Le 20 février 1764, elle est ensaisinée et mise en possession d’un tiers d’arpent  sis au terroir de Tremblay au lieu-dit laLouche Chaperon, derrière le Petit-Tremblay, acquis contre échange d’un quartier de terre sis au lieu-dit les Plâtrières, près de la Fontaine à Godet.

En 1765, après le partage de la succession de Madeleine Françoise Martineau, sa mère, veuve de Michel Étienne Turgot, Anne Robert Turgot sera propriétaire de la ferme du Tremblay, en indivision avec son frère Étienne François Turgot et sa sœur, duchesse de Saint Aignan.

 

En 1784, Étienne François Turgot deviendra seul propriétaire de la ferme du Tremblay après le décès d’Anne Robert, survenu en 1781, et celui de sa sœur, la duchesse de Saint-Aignan, en 1784. Notons que celle-ci avait poursuivi les acquisitions foncières de la famille, en achetant 30 pièces de terre  situées au terroir de Villepinte et environs suivant contrat passé devant Me Arnaud, notaire à Paris, le 4 octobre 1774.

 



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